dimanche 5 avril 2009

The Dating Scene

La quête d'un partenaire potentiel n'échappe pas à ces multiples normes et règles qui régissent chaque aspect de la vie sociale américaine. Et au lieu de rendre les choses plus simples, ça a tendance à les compliquer.

En France - et dans une bonne partie de l'Europe - soit on est célibataire, soit on est en couple. Bien sûr, il existe des aventures d'un soir, des moments de tendresse nés de l'alcool ou de la frénésie d'une soirée, de ces évènements relativement ponctuels qui ne remettent pas en cause votre célibat. Néanmoins, un rapprochement - sobre - avec une personne que l'on connaît a tendance à être considéré comme le début officiel d'une relation sur le vieux continent. Aux Etats-Unis, la zone grise est bien plus vaste.

Les gens qui ne sont pas en couple et recherchent un partenaire constituent la dating scene. Le date est ce que l'on pourrait traduire approximativement par "rencard", mais qui diffère en réalité légèrement de celui-ci par ses codes et enjeux. D'abord, les Américains peuvent "dater "plusieurs personnes à la fois et avoir des relations sexuelles sans que la relation ne soit ni officielle ni exclusive. Pour officialiser les choses, il faut que les deux personnes en discutent et décident de devenir un couple à part entière, de s'appeler mutuellement "boyfriend" et "girlfriend".

Parce que le dating n'engage ni sentiments, ni exclusivité, il est beaucoup plus casual qu'en France. Ici, on date pour apprendre à se connaître. En conséquence, les Américains décrivent souvent le premier date comme une sorte d'entretien d'embauche. S'il s'est relativement bien passé, c'est prometteur: les suivants ne pourront être que plus agréables. Pour maximiser ses chances dans cette jungle qu'est la dating scene, il existe des centaines de livres, surtout adressés aux femmes. L'un d'eux, The Rules, est considéré comme une bible par certaines. J'y reviendrai dans un article ultérieur.

Sans entrer dans des calculs qui risqueraient de mettre à mal toute spontanéité, il existe néanmoins des règles de base que tout le monde respecte plus ou moins en matière de dating. D'abord, c'est généralement le garçon qui propose et qui paie. Le livre Les Pintades à New-York, écrit par deux françaises expatriées, explique d'ailleurs que si l'homme ne paie pas, vous vous êtes probablement simplement trompée sur la nature du rendez-vous. Certains choisissent toutefois de partager les frais, ou "go Dutch"("à la néerlandaise"), surtout s'agissant d'étudiants, avec peu de moyens.

Les campus sont un immense vivier pour les étudiants américains, surtout qu'une bonne partie d'entre eux s'attend à rencontrer l'âme soeur parmi ses camarades de promo. Si beaucoup ne se laissent aller qu'à des aventures d'un soir, certains se consacrent néanmoins à la quête d'un partenaire. J'adore passer le samedi soir devant les restaurants de Davis Square, à quelques centaines de mètres de Tufts et y voir de nombreuses paires d'étudiants en train de dîner. Plus amusante encore est l'attente à l'arrêt de la navette qui fait la liaison avec le campus (le Joey) sur les coups de 21h-22h. Certains discutent en se regardant avec tendresse, d'autres se tiennent par la main ou s'enlacent en silence et beaucoup attendent simplement côte à côte, de manière un peu maladroite. L'occasion de jouer à deviner le stade le la relation!

Pour un premier date, les garçons choisissent généralement un déjeuner ou une activité dans un lieu public, pendant la journée. Pourquoi? Parce que ça permet de discuter et d'apprendre à se connaître sur une durée limitée. Chacun ayant des plans pour la suite, la rencontre reste chaste et on évite tout malaise en cas d'absence de connexion. Si le format traditionnel des dates suivant est le fameux "dinner and a movie", la vie de campus peut néanmoins multiplier les options - et compliquer les choses.

Exemples (si vous vous reconnaissez, ce n'est pas toujours fortuit - parfois si):

- "Il m'a invitée à dîner à la cafétéria, j'ai payé avec mon meal plan - c'est un date ou pas?"
- "On prenait un café avec un ami et lui mais il a payé pour moi - techniquement c'est un date..."
- "On s'est rencontrés par hasard au gym et on est allés boire un café en suivant"
- "On a mangé nos sandwiches tous les deux sur un banc en regardant le coucher du soleil et en se racontant nos vies - ça s'est transformé en date!"
- "Il m'a demandé si je voulais boire un thé avec lui le jour de la Saint-Valentin"

Autant de situations complexes qui requièrent toutes nos capacités d'analyse, nous font refaire le monde jusqu'au bout de la nuit ou écrire des threads facebook longs de centaines de messages. Face à tant de complications, pas étonnant que les potins anglo-saxons soient plus croustillants que les français...

A suivre: Late Night Study

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