mercredi 15 avril 2009

Red Cups and Sticky Floor: a Frat Party Experience

S'il y a bien un symbole de la vie de campus américaine et de ses excès, c'est sans conteste les frat parties. Symbolisées par ces red cups pleines de bière bon marché, elles suscitent les fantasmes des lycéens et les foudres des plus puritains.

Bourrins, haut taux d'alcoolémie, Bud light et lettres grecques au mur... tous les symptômes sont là
- non, cette photo ne vient pas de Tufts.


Pour rentrer dans une frat party digne de ce nom (populaire et difficile d'accès), il existe plusieurs options. La première, c'est d'être membre de ladite organisation. La seconde, c'est de connaître assez de personnes à l'entrée pour pouvoir rentrer (ou d'avoir le numéro de téléphone de frères à l'intérieur qui peuvent se porter garants. Parfois, certaines frats distribuent des invitations ou créent des listes. Y figurer est un bon moyen d'entrer presque à coup sûr. On peut néanmoins espérer passer outre dans certaines conditions. D'abord, lors de soirées à thème, un déguisement est souvent requis. Bien respecter le dress code est un atout de taille, surtout pour les garçons. Pour les filles, il suffit de sourire de toutes ses dents, de ne pas être très habillée et d'avoir à ses côtés un petit groupe d'amies toutes aussi jolies. Pour les garçons, il est souvent presque impossible de rentrer sans une fille à son bras, surtout lorsque l'on avance dans la soirée... Enfin, certaines frat respectant scrupuleusement les consignes incendies, il arrive que personne (sauf les frères) ne puisse plus entrer. Il faut alors prendre son mal en patience ou tenter de rentrer par l'issue de secours, à l'arrière de la maison.

A la porte, on présente son ID, sa clé ou - plus souvent - on fait semblant de présenter quelque chose au frère qui filtre pour que la police, aux aguets, n'intervienne pas. Une fois à l'intérieur, on reprend son souffle après la lutte, on salue d'éventuelles connaissances et il est temps de réfléchir à une position stratégique pour laisser ses affaires... L'idéal est de venir sans rien - difficile en hiver. Sinon, mieux vaut choisir des vêtements ou sacs sans valeur. Il arrive quasi-systématiquement que vos affaires se retrouvent à un endroit complètement différent de celui auquel vous les aviez originellement laissées... le sol étant une place de choix... L'idéal: derrière un fauteuil ou dans la chambre d'un frère.

Le parquet, recouvert de bière... Et on est encore dans la partie propre de la maison.

Maintenant, il est temps d'aller chercher à boire. Les frat parties se tiennent généralement à 2 étages différents ou dans deux salles séparées. En haut, dans le salon, la musique est souvent moins forte et les étudiants discutent. Le bar est situé au sous-sol, bondé, où la musique est très forte et où les gens se trémoussent les uns contre les autres. Il faut donc généralement s'immerger, au moins provisoirement, dans la masse suante pour obtenir un verre. La clé du succès: respirer à fond, se faufiler sans regarder, bousculer autant que nécessaire, ne pas regarder par terre, ne pas regarder autour, ne pas regarder d'où vient la bière qui éclabousse vos bras, vos pieds, vos cheveux. Une fois arrivé à 1m50 du bars, la masse devient compacte. Tel le serpent, faufilez-vous ou entreprenez d'ouvrir une brèche pour un ou une amie proche. Une fille de préférence. Arrivé devant un des frères qui tiennent le bars, il va falloir se montrer convaincant mais charmant, articuler et ne pas être regardant sur l'hygiène. Si choix il y a, ce sera entre de la bière light et du punch au goût de jus de fruits dilué. Parfois, le barman peut demander de répondre à des questions ou d'effectuer certaines tâches pour obtenir un verre. Certains prétendent qu'il faut flasher à 123 mais, personnellement, la seule fois où l'on m'a demandé quelque chose, il s'agissait de l'État où se situait le plus grand centre commercial des États-Unis. Université de nerds... Mais j'ai su répondre! (dans le Minnesota, si ça intéresse quelqu'un...)

Votre bière en main, vous allez forcément en renverser un bon tiers en faisant le chemin inverse Buvez vite pour économiser. Désormais, il est temps de danser. Il est important de savoir que la plupart des étudiants qui vont en frat party sont des freshmen ou sophomores. Les seule juniors et seniors (garçons) présents le sont dans l'espoir de faire mordre une jeune freshman à l'hameçon. Le mythe de la freshman jeune et avide d'expérience sexuelle a en effet la vie dure.

Rapidement, plus de la moitié de la masse pseudo-dansante est ainsi constituée de couples d'un soir. Et l'on est généralement peu regardant sur la marchandise. Les garçons abordent les filles par derrière et se mettent à danser avec elles de manière très suggestive (grinding) sans même souvent avoir vu leur visage. Très troublant pour l'Européen non-averti. En fin de soirée, les couples se coagulent contre les murs et sur les canapés avoisinants, laissant une certaine place sur le dancefloor aux quelques âmes solitaires (comme 3 françaises avec le groove dans la peau et qui n'attendent que de pouvoir danser enfin à leur guise !)...

La soirée avançant, les couples se forment aux alentours. La voie est libre pour que Marie puisse enfin danser !

Pour peu que vous ayiez envie d'aller aux toilettes, il va falloir être peu regardant. En plus d'être sales, les toilettes n'ont parfois pas de porte qui ferme. A Zeta Psi par exemple, une des frats les mieux du campus, il n'y a même plus de porte du tout. Il faut donc impérativement amener une amie qui fasse l'étoile de mer et contienne les badauds ou accepter de se soulager au vu et au su de tous - ce que choisissent certains...

Vers 1h30, la police du campus arrive. La fête est finie. Un couple sur deux en reste là, le reste rentre en titubant vers la chambre la chambre d'un des deux partenaires d'un soir. Les habitués vont à l'étage. Les filles qui dorment régulièrement dans la frat sont appelées frat rats - terme, vous vous en doutez, peu élogieux. Plus croustillante encore, l'expression "frat mattress" (matelas de fraternité). Imagée et cinglante. Pour les autres, surtout des garçons, on s'enferme dans la chambre d'un des frères avec une poignée d'amis et on fume de l'herbe jusqu'au petit matin.

Pour ceux qui se sont échappés plus tôt, c'est l'heure du constat: des traces de marqueur au contours désormais flous sur la main, des cheveux qui sentent la bière et la sueur, des pieds noirs, à laver dans la seconde. Les sorority girls, rompues à l'exercice, prévoient généralement une paire de chaussure réservée aux frat parties...

Cette description n'est pas très reluisante, j'en conviens. Mais elle est, sincèrement, à peine exagérée. Cet aspect trash des frats parties en décourage plus d'un, surtout parmi les étudiants internationaux. Cependant, à petites doses et au second degré il est possible de bien s'amuser! Ces soirées sont en effet gartuites, tout comme l'alcool qui y est servi et, pour peu d'y être avec de bons amis et de choisir une soirée peu fréquentée, on peut danser sur de la bonne musique. et se sociabiliser. Il existe aussi des soirées aux thèmes abracadabrants, qui permettent de pimenter le quotidien. En dehors des fameuses togas parties, où chacun revêt ses draps les plus blancs, à la manière des Grecs anciens, il y a des 80s parties (tout le monde en tenue de ski fluo), soirées campagnardes, naufrageés et, dernière en date une incroyable Beach Party au cours de laquelle le sous-sol d'une frat était entièrement recouvert de 5cm de sable!

Soirée "Naufragés" à ATO... Ces demoiselles ont revêtu leurs plus beaux sacs poubelles!

Challengeante, trash, borderline, la frat party est donc une expérience à vivre. Avec modération.

A suivre: 4/20

3 commentaires:

Mary a dit…

Carole ! Je n'ai pas signé de contrat pour que tu affiches une telle photo de ma personne au vu et au su de la Terre entière !

Carole a dit…

Elle est déjà sur facebook donc j'ai décidé que c'était ok. T'as bien mis une photo de moi où on dirait que je n'ai pas de jupe - ou presque - sur le tien. Et t'es sexy et wild. Et je te rassure, je n'ai qu'une minuscule poignée de visiteurs. Même Estelle ne la verra pas.

Benoit a dit…

Ton blog est super, il m'a accompagné pendant mon trajet en bus Toronto/NY: j'ai tout lu d'une traite. bravo! j'attends la suite avec impatience.